Le candidat des Républicains pour la présidentielle : François Fillon, qui avait gagné la primaire en faisant valoir son profil « irréprochable », a été durement atteint par les accusations d’emploi fictif de sa femme, publiées le 25 janvier par Le Canard enchaîné. Depuis, d’autres affaires concernant François Fillon et son entourage ont été révélées par la presse, au point que son propre camp envisage de lui trouver un successeur.

 

 

 

 

 

 

 

 

A quoi correspondent les différentes affaires et suspicions qui plombent la campagne de François Fillon ?

 

  • Penelope, assistante parlementaire très discrète…

 

La femme de François Fillon, Penelope, a-t-elle vraiment travaillé pour son mari comme assistante parlementaire ou a-t-elle bénéficié d’un emploi fictif ? C’est la question centrale que posent les révélations du Canard enchaîné (journal de gauche).

 

Penelope Fillon a été assistante parlementaire de son époux, alors député de la Sarthe, entre 1988 et 1990, puis entre 1998 et 2002. Elle a ensuite été employée par le suppléant de François Fillon, Marc Joulaud, entre 2002 et 2007, avant de retravailler pour son mari, devenu député de Paris, entre 2012 et 2013 – jusqu’à ce que les règles de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique obligent M. Fillon à déclarer les revenus de sa femme et l’identité de ses collaborateurs parlementaires.

 

C’est autorisé de rémunérer sa famille ?

 

Employer sa famille n’est pas interdit au Parlement français (même si les rémunérations sont encadrées), le problème est de savoir si la femme de Fillon occupait réellement sa fonction d’assistante parlementaire.

 

A-t-elle vraiment travaillé ?

 

Le Canard enchaîné assure que ce n’était pas le cas. Penelope Fillon aurait été très bien rémunérée – 831 440 euros brut au total – alors que la réalité de son travail est mise en doute : selon Le Parisien, elle n’avait ni badge ni boîte mail à l’Assemblée nationale, et la permanence du député était située au domicile du couple, dans leur château de la Sarthe.

Le candidat des Républicains a au contraire assuré que sa femme travaillait pour lui « depuis toujours », qu’elle avait « corrigé ses discours » et l’avait « représenté dans des manifestations et des associations ». Confronté à une nouvelle vague de révélations le 1er février, François Fillon a dénoncé « une opération d’une extrême ampleur de calomnie très professionnelle ».

 

Il y a une enquête ?

 

Le parquet national financier a ouvert le 25 janvier une enquête préliminaire pour détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits. Selon les informations de L’Obs publiées mercredi 1er février, les contrats de travail de Penelope Fillon montrent que la femme de l’actuel candidat LR à la présidentielle était censée travailler dans les locaux de la permanence RPR de la Sarthe, au Mans. Or, selon l’hebdomadaire, « personne ne l’a vue travailler » à cet endroit.

L’avocat de François Fillon, Antonin Levy, a tenté de justifier la situation : « Cette adresse qui figure sur le contrat a été ajoutée, d’une écriture qui n’est pas reconnue. [...] Nous n’avons pas d’explication sur les raisons pour lesquelles figure cette mention rajoutée. La ville de ’Sablé-sur-Sarthe’ a en revanche été inscrite par François Fillon. »

 

  • Les généreux salaires de Marc Ladreit de Lacharrière

 

Penelope Fillon est aussi soupçonnée d’emploi fictif à La Revue des deux mondes, une publication appartenant au milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, PDG de Fimalac et ami de François Fillon. Elle aurait touché 5 000 euros brut par mois entre mai 2012 et décembre 2013, soit un total de 100 000 euros, alors qu’elle n’a produit que quelques notes de lectures et « pas la moindre trace de ce qui pourrait ressembler à un travail de conseil littéraire », affirme l’ancien directeur de la publication, Michel Crépu, dans Le Canard enchaîné. Cette rémunération de Mme Fillon entre dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte par le parquet national financier.

 

  • Les enfants Fillon, pas encore avocats, mais riches assistants

 

Pour faire preuve de transparence, François Fillon a expliqué sur TF1 le 26 janvier qu’il avait parfois embauché ses proches, en particulier « pour des missions précises, deux de [ses] enfants qui étaient avocats, en raison de leurs compétences » lorsqu’il était sénateur de la Sarthe, entre septembre 2005 et juin 2007.

Malheureusement, cette défense est bancale. En effet, sa fille, Marie Fillon, n’était pas encore avocate à cette période (elle n’a prêté serment qu’en novembre 2007). En revanche, elle a bien été rémunérée à plein-temps pour un travail d’assistante sénatoriale, touchant 57 084 euros brut en quinze mois, jusqu’à fin 2006, selon Le Canard. Début 2007, son frère, Charles Fillon, étudiant en droit (il ne sera avocat qu’en 2011), a pris sa suite et touché 26 651 euros en six mois. Cependant, on n’a pas trouvé trace du contenu de leur activité.

 

  • L’ombre de la ristourne au Sénat

 

Rémunérer grassement ses propres enfants n’est pas la seule manière de dépenser les crédits réservés aux assistants parlementaires au Sénat. Selon Mediapart, François Fillon serait impliqué dans un vaste système de détournement de fonds publics mis en place entre 2003 et 2014 par des sénateurs UMP. Le principe : les élus qui n’avaient pas dépensé toute leur enveloppe pour payer leurs assistants transféraient le reste au groupe politique, qui en reversait alors un tiers sous forme de chèque directement aux sénateurs. Ce système en place durant douze ans aurait porté sur un total dix millions d’euros. Deux juges d’instructions chargés de l’enquête ont déjà mis en examen plusieurs élus ou anciens élus.

François Fillon, sénateur entre 2005 et 2007, aurait bénéficié de ce système à petite échelle, touchant environ 25 000 euros. Il n’est pour l’instant pas concerné par l’information judiciaire en cours, qui ne concerne que les faits postérieurs à 2009. Le candidat des Républicains n’a pas souhaité commenter cette affaire.

Retour à l'accueil